iUMTEK : l’entreprise française qui veut contribuer à produire mieux et propre

Nuclear industry news

juin 20, 2022

Ronald Berger-Lefébure, Président-fondateur de iUMTEK, explique comment il a développé une solution déployable sur site pour des mesures d’une précision inégalée permettant de superviser des processus industriels, notamment le traitement des déchets nucléaires. Son objectif : réduire la production de rebuts et le gaspillage de ressources naturelles non renouvelables.

 

Pouvez-vous nous présenter rapidement l’histoire de iUMTEK ?

Avec quatre anciens collègues, on a décidé de recommencer un nouveau projet après la liquidation d’IVEA, ce qui témoigne d’une certaine résilience. La nouvelle société est née de notre association avec le CEA – Direction des énergies et le CEA Investissement. A ce jour, 10 personnes travaillent au sein de iUMTEK.

Nous sommes partis d’une « page blanche instrumentale », en nous appuyant sur la même technologie photonique laser qu’auparavant. La propriété intellectuelle de la société appartient au CEA et nous nous inscrivons dans une valorisation de certains de leurs brevets – sachant qu’un laboratoire du CEA travaille sur la technologie LIBS depuis les années 80, dans un domaine davantage tourné vers le nucléaire.

En langage profane, quel type de service proposez-vous avec le Laser Induced Breakdown Spectroscopy (LIBS) ?

C’est une technologie laser qui apporte deux informations : l’identité des éléments chimiques constitutifs du matériau analysé et leurs concentrations. Elle est associée à de l’intelligence artificielle à travers notre logiciel Prisma.

Le rayon laser est focalisé sur la matière ce qui génère une avalanche électronique – ou breakdown dans le nom anglais du phénomène physique. Lorsque la matière est excitée, elle se transforme en plasma, le quatrième état de la matière que l’on retrouve notamment dans le soleil. Lors du processus, elle émet de la lumière qui est caractéristique de l’identité des éléments chimiques qui la constituent. Il s’agit en quelque sorte du code barre de ces éléments chimiques.

C’est une technologie qui est qualifiée de « non-destructive » car l’ablation de la matière à l’origine de l’information est de l’ordre d’un micron-mètre cube. Autrement dit, le faisceau est hautement focalisé.

 

Quels sont les avantages de la technique LIBS par rapport à des outils de mesure plus conventionnels ?

Cette technologie est la seule à pouvoir couvrir l’intégralité des éléments chimiques du tableau périodique de Mendeleïev. C’est pour cette raison qu’elle est utilisée par la Nasa depuis 2012 sur son rover « Curiosity » envoyé en exploration sur Mars. Le CEA avait alors participé à la création du chemin optique sous la responsabilité du CNES de Toulouse.

Si on élargit les perspectives, la LIBS est la seule à permettre une analyse de tous les éléments constitutifs de l’univers. On peut faire l’analogie avec une prise de sang : on y voit tout, faut-il encore savoir ce que l’on cherche. Les raies d’émission spectrales constituent « une véritable forêt » et il faut être en mesure de trouver les éléments d’intérêt et c’est là que l’intelligence artificielle intervient.

Le rover « Curiosity » de la NASA

 

Vous vous définissez comme une startup Cleantech ? Pouvez-vous définir ce terme (à la lumière de votre activité) ?

Cette technologie est caractérisée par deux labels :

C’est une Cleantech labélisée greentech innovation par le ministère de l’Écologie et de la transition depuis 2020 car elle offre la possibilité de réduire le gaspillage de ressources naturelles non renouvelables. On estime en effet qu’environ et en moyenne 25% des ressources naturelles extraites ne seront pas valorisées lors du processus de fabrication – autrement dit, on les gaspille. Notre moto pourrait être « produire mieux et propre ».

En outre, cette technologie ne génère pas de déchets.

C’est également une Deeptech : c’est-à-dire une technologie issue de laboratoire qui demande une maturation assez longue dans leur mise en œuvre et application marché. Elle s’adresse à de grands donneurs d’ordre qui sont intéressés par la présence d’éléments chimiques – souhaités ou indésirables – dans des endroits sévères voire hostiles où la présence humaine est compliquée. Je vous parlais par exemple du sol martien, où l’atmosphère martienne est 100 fois moins dense que celle de la Terre. Des environnements industriels et à forte radiation en sont d’autres.

 

Et c’est en cela que le projet s’articule avec le secteur du nucléaire ?

Tout à fait. De plus, c’est une technologie issue du CEA et le nucléaire fait partie aussi de nos cibles de marché. Mais nous cherchons aussi à la mettre en œuvre dans d’autres domaines. A ce titre, nous ciblons les applications au cœur des procédés industriels, de recyclage et nucléaires en apportant une solution temps réel de diagnostic et d’aide à la décision dans la gestion de déchets électriques, électroniques mais aussi radioactifs. Un des avantages que nous offrons est un monitoring continu et in situ des opérations – contrairement aux analyses d’échantillons en laboratoire qui impliquent des temps de latence et des contraintes logistiques considérables. Cela permet également d’écarter le risque de non-représentativité des échantillons puisque nous n’altérons pas l’environnement du matériau étudié et nous pouvons multiplier les mesures en fonction des besoins.

Cela prend tout son intérêt dans le domaine de l’extraction – les mines de lithium ou de bauxite, par exemple qui peuvent être très polluantes – car cela permet de tracer le processus et si nécessaire de prouver la conformité aux réglementations ou engagements de l’entreprise en montrant qu’on se trouve en dessous d’un seuil tout au long du processus. Dans le nucléaire, où la sûreté est cruciale, nous intervenons plutôt dans le démantèlement.

 

Aviez-vous comme intention initiale de travailler avec le secteur du nucléaire ?

Il ne s’agissait pas forcément de notre priorité pour plusieurs raisons. Déjà, c’est un domaine où les temps sont très longs – souvent trop pour une startup qui fonctionne sur des temps courts. Tout le monde en France a parlé de démantèlement pendant plus de 20 ans. De plus, lors de notre lancement en 2017 le secteur n’était pas forcément en odeur de sainteté. Le contexte géopolitique semble avoir changé la donne. La nouvelle taxonomie qui en fait une énergie de transition également, et le nucléaire semble au moins en France voué à jouer un rôle plus central dans le mix énergétique.

Nous avons conscience qu’il s’agit d’une filière d’importance et d’excellence pour la France malgré certaines difficultés. A titre personnel, je pense qu’il ne faut pas s’en détourner pour autant. Après Tchernobyl et Fukushima, le secteur a eu des difficultés à attirer de nouveaux talents pendant une quinzaine d’années et il en a payé les conséquences. Mais les choses semblent reprendre avec les perspectives SMR (réacteurs modulaires), la recherche est très dynamique en Chine et aux Etats-Unis, comme dans d’autres pays. En France, il y a du potentiel mais il faut être dans l’optimisme car le nucléaire est porté par des considérations sociétales d’efficacité énergétique et de réduction de la production de déchets.

 

Quelles sont les prochaines étapes pour vous ?

Nous travaillons à développer des pilotes industriels et renforçons notre présence en répondant à des appels à projet – liés au pôle de compétitivité Nuclear Valey en particulier. iUMTEK cherche également à se tourner davantage vers l’international. Nous avons vendu des analyseurs LIBS TX 1000 aux Etats-Unis et en Israël – deux pays connus pour être à la pointe de l’innovation technologique – et voulons renforcer cette dynamique.

Dans ce cadre nous cherchons à recruter des talents – en particulier dans la photonique et l’intelligence artificielle.

Pour en savoir plus, vous pouvez visiter le site de iUMTEK :

Accueil

Et le suivre sur Twitter/LinkedIn :

iumtek.analytics@gmail.com

thomasthor

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