John Gorman : sa reconversion dans le nucléaire 

Avis professionnels

avril 28, 2020

Le président de l’Association nucléaire canadienne, John Gorman, a travaillé auparavant en tant que cadre dans le secteur de l’énergie solaire. Reconverti dans le nucléaire, il s’est donné pour mission de créer des passerelles entre ces deux technologies pour mettre en place un système énergétique propre.

John nous explique qu’il a débuté dans l’énergie propre « il y a environ vingt ans, quand le changement climatique m’inquiétait de plus en plus ». Après avoir été consultant dans des corporations sur de grands projets d’infrastructures durables, John y a vu « une vraie chance d’influencer mon propre milieu et de prendre en main les manettes placées devant moi pour faire bouger les choses ». La naissance de ses deux enfants l’a aussi incité à réfléchir autrement sur ce qu’il voulait faire de sa vie.

« Je venais à peine d’être nommé au conseil d’administration d’une grande société canadienne productrice d’électricité. Mes débuts dans ce secteur ont coïncidé avec mon inquiétude grandissante face au changement climatique. Les technologies que nous utilisons actuellement dans le monde pour produire de l’électricité contribuent aux émissions de CO2 à hauteur de 42 %. C’est ce qui m’a poussé à me concentrer sur la décarbonisation des systèmes de production d’électricité. »

Il ajoute que « les énergies renouvelables semblaient être la solution à l’époque. On pouvait voir que, si on arrivait à déployer suffisamment d’éolien et de solaire, les énergies renouvelables deviendraient compétitives. Elles le sont maintenant grâce à des méthodes de production moins couteuses. »

Avant d’opérer cette transition dans le nucléaire, John était PDG de l’Association des industries solaires du Canada (CanSIA), un dernier poste dans lequel il a réussi à créer une approche holistique au Canada en ralliant l’éolien, le solaire et des solutions de stockage communes. « Et pourtant, il me restait un sujet épineux à considérer. Après vingt ans passés à construire des infrastructures pour les énergies renouvelables et 3 000 milliards de dollars d’investissement mondial, les énergies renouvelables et le nucléaire représentaient, quand j’ai commencé, 36 % de la production non émettrice au niveau international. Aujourd’hui, ce chiffre n’a pas évolué. Je me suis rendu compte que, si nous ne prolongeons pas la durée de vie des centrales nucléaires en opération et que nous ne développons pas massivement de nouveaux projets nucléaires, les hydrocarbures viendront toujours compléter l’éolien et le solaire et nous n’arriverons pas à décarboniser à temps », affirme-t-il. « C’est ce qui me fait avancer. J’ai dû me résoudre au fait que les énergies renouvelables ne suffisaient pas. »

En mai 2019, John a rejoint l’Association nucléaire canadienne. Il a été recruté en partie parce que les membres de l’association voulaient quelqu’un venant des énergies renouvelables qui pourrait tendre la main et coopérer avec d’autres branches.

« En dépit de toutes les recherches que j’avais faites sur le nucléaire, on ne peut vraiment pas savoir ce qu’est de travailler dans ce milieu. Une partie de moi voulait confirmer ce que je pensais déjà, que le nucléaire est essentiel. Ça s’est révélé être vrai, et a même dépassé mes attentes. J’ai beaucoup apprécié les gens qui travaillent dans les énergies renouvelables, surtout leur manière d’être. Je n’étais pas sûr du type de personnes que j’allais trouver dans le nucléaire, mais j’ai pu constater qu’ils sont très intelligents, très consciencieux et très attachés à décarboniser la production d’électricité.

Dans les énergies renouvelables ou dans le nucléaire, les gens ne sont pas très différents, mais il reste un fossé entre eux, une incompréhension énorme. John a la conviction que « ceux qui disent qu’on peut avoir 100 % d’énergies renouvelables font plus de mal qu’autre chose. » Cela nous distrait du problème initial et biaise les décisions, ce qui est « très très nocif », souligne-t-il. « Ils présentent une idée d’un avenir que l’on ne pourra jamais atteindre dans le temps qui nous est imparti, et c’est une distraction plus qu’autre chose. »

Depuis quelques années déjà, le Canada s’est lancé dans un projet qui s’étale sur quatorze ans et vise à moderniser la plupart de sa flotte CANDU. Par ailleurs, la filière des petits réacteurs modulaires (PRM) y est florissante. « Douze de nos modèles sont en cours d’évaluation pour l’obtention des autorisations et plusieurs clients des secteurs minier, du pétrole et du gaz les attendent. Le gouvernement de Saskatchewan a lancé son plan de croissance pour l’économie, avec notamment un PRM de 300 MWe, et le Nouveau-Brunswick a investi dans certaines technologies.

Quand on regarde les données vérifiées sur ce qui peut décarboniser la production d’électricité au rythme dont le monde a besoin, le nucléaire est le seul à avoir fait ses preuves. Il a montré que l’on peut décarboniser les systèmes d’électricité de régions tout entières. La France, la Suède et ma région natale d’Ontario en sont d’ailleurs de bons exemples. Il y a de quoi espérer que le nucléaire est une vraie solution. » Malgré tout cela, « au niveau fédéral, il n’y a toujours pas de politique constante : le nucléaire est vu soit comme une source d’énergie propre, soit non. Dans un cas, vous pouvez participer, mais pas dans l’autre. »

Or, la vraie différence entre son expérience dans les énergies renouvelables et le nucléaire se retrouve bien là. « Les professionnels du nucléaire sont si sincères et si portés sur les faits que ça leur est difficile de raconter une histoire simple », affirme John, ce qui a entretenu pendant de nombreuses années une très mauvaise communication. « Mais je veux vraiment croire que les choses sont en train de changer », ajoute-t-il. « Quarante pour cent des personnes travaillant dans le nucléaire ont moins de 40 ans et une plus grande diversité y est représentée. Dans ce secteur, les moins de 40 ans sont les plus inquiets face au changement climatique et ils se rendent compte de l’importance que le monde comprenne le nucléaire comme étant une énergie propre. C’est un impératif : il faut que le monde comprenne que le nucléaire est une énergie propre. »

Thomas Thor Associates is a consulting and recruitment organisation providing services to the global nuclear sector. We represent nuclear industry experts and provide nuclear jobs to our clients for either freelance contract assignments or permanent staff positions.

Thomas Thor
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