Koray Tuncer : Mettre sur pied la filière nucléaire en Turquie

Avis professionnels

février 16, 2021

Quand la Turquie a amorcé son élan stratégique pour l’énergie nucléaire, Koray Tuncer s’est rendu compte que certaines entreprises étaient intéressées. En 2013, il a alors créé un sommet expo pour les centrales nucléaires (Nuclear Power Plants Expo and Summit – NPPES) avant de fonder, deux ans plus tard, l’Association de l’Industrie nucléaire de Turquie (NIATR). Akkuyu NPP étant en cours de construction, Koray Tuncer affirme que la foi dans le secteur nucléaire et ses avantages grandit.

Selon lui, l’investissement de la Turquie dans le nucléaire s’explique par le fait que « la principale dynamique dans l’économie turque est la construction : celle de tunnels, de ponts et de routes… De tout. Et la plupart des banques en Turquie sont prêtes à soutenir ce type d’économie par l’apport de crédits bancaires. L’État turc a compris que ce modèle n’était pas durable. » C’est pour cette raison qu’il a établi une vraie stratégie à l’égard des entreprises visant à développer les industries nationales pour le nucléaire, le chemin de fer, l’automobile, l’espace et la défense. Il précise : « Nous nous concentrons sur une technologie de haute qualité, mais il nous faut souvent mettre sur pied des chaines d’approvisionnement du même niveau pour ces secteurs. »

« Ma société s’intéresse aux secteurs de pointe comme les radars militaires, la sécurité aux frontières, la logistique militaire et l’e-commerce », explique-t-il, en soulignant que le nucléaire entre tout à fait dans ce cadre. Avec le NPPES, dit-il, « notre objectif premier est de mettre en relation des fabricants turcs avec des acheteurs, des exploitants de centrales nucléaires et des services Achats » tout en créant des relations avec les vendeurs de réacteurs. « La Turquie étant un pays en développement, nos fabricants ont besoin de travailler avec des industries de haute qualité comme la défense ou le nucléaire. »

Dans la première centrale nucléaire de Turquie, Akkuyu NPP, la construction du premier réacteur a commencé il y a près de trois ans, celle du deuxième il y a un peu moins d’un an, et deux autres sont prévus par la suite. À l’heure actuelle, près de 80 % des 6 000 travailleurs sur le projet sont turcs. On estime que les entreprises turques prendront globalement en charge environ 40 % du travail. La stratégie industrielle nucléaire turque est clairement sur la bonne voie, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir de plus en plus de fabricants prenant conscience des opportunités que le nucléaire offre.

D’après Koray, « si vous êtes homme d’affaires, patron, manufacturier et que vous avez une usine, vous devez suivre les appels d’offres d’Akkuyu NPP, qui représente le plus gros projet d’investissement en Turquie. Mais, chaque jour, j’ai des surprises. Hier, j’ai contacté une société spécialisée dans les grues à tour. Ils exportent de par le monde, mais leur décideur n’avait jamais entendu parler d’Akkuyu NPP ni de ses appels d’offres. Ses concurrents participent aux appel d’offres, mais eux n’en savent rien. »

« Comparé à six ou huit ans en arrière, les fabricants et entreprises turcs sont maintenant plus disposés à accepter l’énergie nucléaire. Lorsque nous avons entamé le processus, beaucoup de gens étaient contre, mais maintenant les Turcs, surtout à haut niveau, sont prêts à comprendre que le nucléaire, toute sa dynamique et sa chaine d’approvisionnement sont nécessaires. Dans nos réunions avec les fabricants, on voit deux facettes de la même personne : un homme d’affaires et un citoyen. Le fabricant dira qu’il veut produire des pièces détachées pour Akkuyu NPP et, en même temps, le citoyen en lui dira qu’il a quelques réserves sur le fait que l’électricité vienne du nucléaire. »

Il explique que les entreprises doivent d’abord être prêtes à comprendre l’énergie nucléaire et sa filière. « En rendez-vous, on essaye de parler des avantages du nucléaire. Si un pays cherche à lutter contre le changement climatique, il a besoin du nucléaire. Mais, d’un autre côté, notre tâche est de faire en sorte qu’ils entrent dans le cercle de la filière nucléaire. S’ils pensent qu’ils pourront faire partie de ce cercle, ils croiront plus facilement aux avantages. »

La Turquie a une industrie de haute qualité et des employés de haut niveau, et les retombées devraient se faire sentir dans de nombreux secteurs. Améliorer les compétences des fournisseurs pour qu’ils puissent approvisionner le nucléaire les aidera à être plus concurrentiels dans d’autres secteurs. « Si un fabricant peut intervenir dans le nucléaire, cette entreprise pourra remporter tout autre appel d’offres dans le pétrole et le gaz. Simplement parce qu’elle a l’expérience du nucléaire. C’est très important pour les fabricants turcs », affirme Koray, s’appuyant sur le prestige dont bénéficient les dix producteurs turcs qui approvisionnent la CERN, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire, depuis ces deux dernières années. « À mon avis, le nucléaire est ce qu’il y a de mieux pour la réputation des fabricants turcs », ajoute-t-il en conclusion.

Mené par la société russe Rosatom, Akkuyu NPP est le projet en cours en Turquie à l’heure actuelle, bien que d’autres vendeurs de réacteurs ont soumis des propositions pour des centrales à Sinop et Ignaeda. En attendant, les fabricants turcs déjà dans le cercle nucléaire peuvent chercher à s’engager dans les projets de construction de Rosatom au Bangladesh et en Égypte.

With 16 years of communication experience in the international nuclear industry, Jeremy supports clients who want to humanise nuclear energy and improve its public image so that it can play a full role in human development and environmental protection.

Jeremy Gordon
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