Sama Bilbao y León : une femme qui trouve des solutions

Avis professionnels

août 11, 2021

« Si je ne pensais pas que l’énergie nucléaire était importante pour l’avenir de l’humanité, j’aurais déjà démissionné et décidé de faire tout autre chose », déclare Sama Bilbao y León, cheffe de la Division de l’économie et du développement des technologies nucléaires à l’Agence pour l’Energie nucléaire de l’OCDE.

« Je soutiens que les facteurs économiques représentent la plus grosse difficulté à laquelle le secteur nucléaire est confronté à l’heure actuelle. Il faut vraiment que nous, la communauté du nucléaire, prenions les choses en main. Personnellement, je pense que la balle est dans notre camp. La filière nucléaire peut être aidée par la création de lois, de marchés, l’apport de financements, etc., mais c’est d’abord à nous de jouer : nous devons montrer que nous pouvons construire des centrales nucléaires en respectant les délais et le budget prévus. »

Établie dans les bureaux de l’AEN à Paris, la division dirigée par Sama, d’origine espagnole, comprend dix personnes et étudie des stratégies importantes sur le long terme. « Notre division se concentre sur le lien technologie-innovation-économie-politiques », déclare-t-elle avec enthousiasme en résumant l’ensemble des domaines dont sa division s’occupe. « Nous sommes tournés vers l’avenir, nous scrutons l’horizon pour voir ce que les autres font, ce qu’ils ne font pas et en quoi cela affectera le nucléaire. »

Ces méthodes de travail permettent de faire ressortir le meilleur chez ses employés. Certains fournissent une expertise pointue sur le sujet, tandis que les moins expérimentés mettent en avant des points de vue et expériences inédits qui peuvent ouvrir de nouvelles voies. « Ça favorise la créativité : il s’agit de réfléchir autrement et de repérer les nouveaux éléments que nous devrions prendre en compte. »

Sama a connu cette même approche lors de ses études à l’Université de Wisconsin-Madison avec son directeur de thèse, le Professeur émérite Michael Corradini : explorer des pistes avec l’esprit ouvert et créer un environnement favorisant le mentorat. « Il a une approche si hétéroclite et a toujours plein d’idées… Il apprend toujours de nouvelles choses, fait de nouveaux rapprochements et voit comment ça s’assemble, si ça fonctionne. Lorsque je serai plus grande, je voudrais être comme lui. »

Dans le cadre de son doctorat et sous la supervision de Corradini, Sama s’est penchée sur la technologie hydraulique thermique dans le nucléaire, ce qui l’a amenée à travailler sur l’élaboration de méthodes de sureté nucléaire pour Dominion, la centrale en Virginie qui opère six grands réacteurs refroidis à l’eau et produit de l’électricité pour deux millions de foyers.

« Pour certains, travailler dans une centrale ne semble pas très intéressant », dit Sama. « Oui, bien sûr, il s’agit surtout de faire des calculs, de sortir rapport après rapport, de les synthétiser, etc. Mais, pour moi, c’était fascinant… Il y avait parfois un problème à la centrale et ils m’appelaient pour dire : “on doit savoir si on peut continuer les opérations pendant qu’on répare cette pompe. Est-ce qu’on respecte toujours nos exigences techniques ?” On faisait tous les calculs nécessaires pour leur répondre. Quand on rentre chez soi le soir et que la centrale est toujours opérationnelle, on sait que, grâce à son travail, les gens peuvent avoir de l’électricité ce soir-là, une électricité à bas cout, fiable et propre. On en retire une grande satisfaction. »

Un plus grand problème s’est bientôt présenté chez Dominion, auquel il fallait une solution de plus grande ampleur. Même si la Virginie offrait de belles perspectives d’emploi dans le secteur, on n’y trouvait pas de programme académique d’ingénierie nucléaire. Venus d’universités de par les États-Unis, les jeunes ingénieurs nucléaires intégraient la société et déménageaient en Virginie pour travailler dans ses centrales. Au bout de quelques années, pourtant, ils étaient nombreux à repartir d’où ils venaient pour s’y établir définitivement. Il était difficile de fidéliser le personnel. Une solution visionnaire est venue de la chef de Sama, Kerry Basehore, alors directrice de l’Analyse nucléaire et des combustibles : la Virginie devait avoir son propre programme d’ingénierie nucléaire pour former des ingénieurs nucléaires sur place ! Sama a donc été missionnée à l’Université de Virginie Commonwealth pour étudier la question.

Ce nouveau chapitre dans la vie de Sama a alors duré huit ans. « Je n’étais pas du monde académique et n’aurais jamais cru que je voudrais en faire partie », dit-elle. Et pourtant, cela ne l’a pas empêchée de diriger un nouveau programme, d’aider à la mise en place du curriculum, d’obtenir des certifications, d’embaucher le personnel enseignant, de recruter des étudiants, de rédiger des propositions de recherche et d’encadrer des étudiants, s’inspirant de Corradini. « Je me suis rendu compte que j’adorais encadrer les étudiants et les jeunes professionnels. On les voit évoluer et réussir après un certain temps, et on se sent vraiment fier. Il n’y a pas de mot pour décrire cela. »

Dans son poste actuel, elle cherche désormais des solutions aux problématiques économiques dans le nucléaire. Avec l’aide de l’équipe très diversifiée qu’elle est en train de réunir à l’AEN, elle envisage une perspective plus large. « Nous devons prendre un peu de recul et étudier les questions nucléaires d’une autre manière : observer comment nous concevons les marchés de façon à fournir une électricité fiable, rentabiliser les aspects économiques et générer de l’énergie en minimisant les risques pour l’environnement. » Cette perspective à long terme, ouverte et variée est rendue possible par l’orientation ciblée de l’AEN et l’influence qu’elle peut avoir en tant qu’entité de l’OCDE. « L’AEN interagit directement avec les législateurs, et je peux voir en quoi notre travail fait avancer les choses. »

With 16 years of communication experience in the international nuclear industry, Jeremy supports clients who want to humanise nuclear energy and improve its public image so that it can play a full role in human development and environmental protection.

Jeremy Gordon
LinkedIn

Share this post

[type='submit']
[type='submit']
[70046]
[70046]