Tirer les bonnes conclusions avec Gilles Babinet

Avis professionnels

octobre 27, 2020

Gilles Babinet a gravi les échelons, jusqu’au sommet. Nommé « digital champion » (« Champion du numérique ») de la France auprès de la Commission européenne, il avait pourtant arrêté l’école à 15 ans. Entrepreneur en série, il serait selon lui « compliqué » d’établir la liste de tous les postes qu’il occupe, mais une chose est sûre : il est « complètement obsédé » par le numérique. Dans son temps libre, il « tire des conclusions », et c’est ce qui l’a amené à l’énergie nucléaire et à siéger au conseil d’administration des Voix du Nucléaire.

Gilles n’a eu qu’un seul emploi salarié, dans une entreprise du bâtiment. Son chef lui avait conseillé de monter sa propre entreprise, ce qu’il n’a jamais regretté. Il a alors fondé une société concurrente qui a bien marché au point de pouvoir la vendre deux ans plus tard et de monter une agence de design industriel. Le grand tournant dans sa carrière s’est produit en 1994 lorsqu’il s’est rendu compte d’une chose : « la prochaine grande innovation est l’internet ». Il a alors lancé une société de web design malgré son expérience limitée dans la programmation. De nombreuses entreprises plus tard, Gilles Babinet connait bien le monde des affaires, connait toutes les étapes de la création, sait comment transférer des concepts et informations d’un point à un autre afin de les mettre en pratique.

« Je voulais comprendre ce qu’était un réseau intelligent, étroitement lié aux énergies éolienne et solaire » explique-t-il. Grâce à son expérience dans le bâtiment, il comprend aisément comment transporter l’énergie, comment on peut et ne peut pas la stocker. « Le concept des 50Hz, du courant à trois phases, et tout ça – je comprends comment ça marche. »

Pour Gilles, l’idée que « le réseau devenait plus intelligent, on pouvait emmagasiner l’énergie et se débarrasser du nucléaire » était intéressante, et il voulait pouvoir mieux appréhender le système. Pourtant, « ça a commencé à m’agacer d’entendre ce discours un peu stérile. Mais en fait, c’est un discours horriblement couteux ! Parce que ce sont généralement des stratégies qui coutent très cher. Avec les capacités réduites de stockage que nous avons actuellement, les réseaux intelligents ne sont pas viables », ajoute-t-il. Sa conclusion : « pour l’instant, du moins, nous devrions garder ce que nous avons. » En France, cela signifierait que le gros de l’électricité soit produit par les 56 réacteurs nucléaires d’EDF.

« Je ne veux pas dire que nous ne pourrons pas un jour avoir un réseau intelligent », ajoute Gilles. « Le réseau est de plus en plus intelligent, comme tous les systèmes en général. Mais il est insensé de croire qu’on peut se débarrasser du nucléaire. Ce n’est non seulement pas possible, mais pas souhaitable. Si vous tirez des conclusions avec toutes les données que nous avons, vous verrez qu’on ne peut pas se passer du nucléaire. »

Gilles a commencé à faire entendre sa voix sur le sujet, mais d’abord dans son cercle familial et privé. Son point de vue est remonté jusqu’à Myrto Tripathi, le fondateur des Voix du Nucléaire qui lui a été présenté par son beau-frère. Réticent au premier abord, il ne souhaitait pas s’impliquer dans un domaine où il pensait ne pas avoir d’expertise. Or, horrifié par la qualité du débat, Gilles a fini par rejoindre le conseil d’administration de l’association Les Voix du Nucléaire. Lors de l’événement récent de Stand Up for Nuclear (Debout pour le nucléaire) sur la place de la République à Paris, Gilles a même fait un discours.

« On a besoin des deux mondes », souligne Gilles. « On a besoin des physiciens nucléaires traditionnels ainsi que des entrepreneurs. Plus ces gens réuniront leurs forces et participeront au débat, mieux ce sera pour notre avenir à tous. »

Il est convaincu que « le nucléaire devrait être une énergie d’avenir. Par de nombreux aspects, c’est aussi un système numérique, par exemple pour décider du meilleur moment où utiliser l’énergie, prévoir la maintenance du système et pour renforcer la sureté. C’est très intéressant. »

À plusieurs reprises, le monde de l’énergie rejoint celui du numérique : avec l’utilisation de l’intelligence artificielle, la création de jumeaux numériques pour les centrales électriques qui permettent de planifier et d’optimiser leur maintenance et démantèlement.

Chaque année, Gilles dresse un classement numérique des entreprises françaises du CAC 40 pour le journal Les Échos. « Quelques entreprises qui ne font pas partie du CAC 40 nous demandent leur propre classement, comme EDF », explique-t-il. « L’apprentissage automatique ou “machine learning” est un domaine dans lequel EDF est très compétent. Si on les intégrait au classement, ils seraient numéro 1 ou 2. Et si on commençait à compter les contributions d’IA postées sur Github, on verrait qu’EDF est très bien placé », explique Gilles. « Ces centrales sont extrêmement complexes ; l’apprentissage automatique est ce qu’il y a de plus efficace. » S’en étant rendu compte ces dernières années lors de pannes majeures et de projets de démantèlement, EDF s’est lancé sur le développement de jumeaux numériques de tous ces réacteurs.

Tandis que le monde du nucléaire apprécie le numérique, en est-il de même pour le numérique ? Ceux qui travaillent dans le milieu de la tech soutiennent-ils le nucléaire ? « Oh oui, j’en suis sûr. Je vois un changement de mentalité s’opérer. Il y a deux ans, si vous tweetiez un commentaire en faveur du nucléaire, vous provoquiez un énorme tollé. Mais maintenant, vous avez plus de réponses positives que de négatives. On y vient », affirme Gilles. « Je suis sur Twitter depuis plus de dix ans et je peux vous dire que ce qu’on voit sur Twitter est l’actualité politique des jours qui suivent, voire de quelques années plus tard. »

 

With 16 years of communication experience in the international nuclear industry, Jeremy supports clients who want to humanise nuclear energy and improve its public image so that it can play a full role in human development and environmental protection.

Jeremy Gordon
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