Tom Samson : bâtir sur les épaules de géants

Analyse approfondie

août 24, 2020

Suite aux chocs pétroliers des années 1970, une université écossaise a mis sur pied un cours visant à préparer les futurs ingénieurs à travailler dans tout type de secteur énergétique, quelle que soit la technologie employée. Après une carrière de 25 ans à l’international, principalement dans les énergies fossiles, un de ses anciens étudiants est retourné au Royaume-Uni pour faire en sorte que le nucléaire fasse partie du bouquet énergétique. Aujourd’hui directeur général par intérim du consortium SMR mené par Rolls Royce, Tom Samson souhaite que le nucléaire vienne renforcer la stratégie industrielle de son pays.

A son entrée dans l’enseignement supérieur, Tom avait pris une décision purement pragmatique : étudier le génie énergétique à Edinburgh Napier University au lieu de l’économie. « C’est très simple : nous aurons toujours besoin d’énergie. En fait, il nous en faudra même beaucoup plus.  » Il avait entièrement raison : la consommation mondiale d’énergie a plus que doublé au cours de ses 30 ans de carrière dans le secteur de l’énergie, dont il a passé la majeure partie dans différents postes au Moyen Orient.

Il n’en est pas à sa première expérience dans le nucléaire. En effet, en 2012, le PDG d’Enec, Mohamed Al Hammadi, lui avait demandé de l’aider à établir une installation nucléaire réglementée dans le cadre du projet nucléaire des Émirats Arabes Unis. Son diplôme d’ingénieur obtenu et embauché chez GEC Alstom, Tom avait suivi un programme d’encadrement agréé sur trois mois qui l’avait amené en 1991 dans la baie de Daya en Chine pour travailler sur un système de production de vapeur auxiliaire pour une nouvelle unité nucléaire.  Pour lui, « le projet de la baie de Daya était impressionnant de par son échelle. Et travailler à Abu Dhabi était très stimulant parce qu’aucun doute ne pesait sur le fait de construire dans le nucléaire ou pas. C’était clair :  on allait le faire. Et on allait le faire jusqu’au bout. Tout était en place et nous allions dépenser des dizaines de milliards pour le réaliser, parce qu’on devait réduire nos émissions, créer de l’emploi et s’éloigner du pétrole. » Travaillant auprès d’Al Hammadi, Tom était « fier d’avoir participé à un tel programme, leader mondial dans le nucléaire, qui a démontré au cours des dix dernières années que le nouveau nucléaire pouvait être réalisé dans les délais impartis. » La première unité nucléaire à Barakah a été mise en opération et le pays achève la construction d’une quatrième unité, portant sa nouvelle capacité nucléaire totale à 5 400 MWe.

Le nouveau poste qu’occupe Tom Samson, en tant que directeur général par intérim du consortium britannique SMR Rolls Royce, lui donne également la clarté que procure un objectif à long terme. S’étant récemment engagée à atteindre un système énergétique de zéro émission nette d’ici 2050, la Grande-Bretagne aura besoin de « 30-60 GWe de nouvelle capacité zéro-carbone, ce qui est plutôt sûr », d’après Tom. Et puisqu’aucune autre technologie ne permet actuellement de le faire, « nous pouvons tenir pour certain que nous aurons besoin de 30-60 GW de nucléaire d’ici 2050. Et pourtant, par rapport à où nous en sommes aujourd’hui, n’importe quel chiffre dans cette fourchette est énorme. » Les modélisations présentées dans les rapports du Comité pour le changement climatique au Royaume-Uni et d’Energy Systems Catapult appuient ces chiffres.

Confrontés à un défi d’ingénierie national impliquant un investissement majeur, « il incombe à l’industrie d’optimiser l’impact de la transition dans l’économie britannique pour profiter à l’emploi, au secteur industriel, à la chaine d’approvisionnement et à la société », déclare Tom Samson. Ces quelques dernières années, l’émergence du SMR, qui repose sur la conception majoritairement britannique d’une installation nucléaire, rend possible les chances de maximiser les compétences et la chaine d’approvisionnement au Royaume-Uni, plus que dans le poste précédent de Tom comme PDG de NuGen, qui impliquait une intervention étrangère à la fois au niveau de l’investissement et de la conception.

En tant que leader du consortium, « Rolls Royce a une mission unique : celle de rassembler tous les partenaires du consortium », dont Assystem, Atkins, BAM Nuttall, Laing O’Rourke, le Laboratoire nucléaire national britannique, Nuclear AMRC, Jacobs et le Welding Institute. « Mais la portée et l’importance du programme le permet », ajoute-t-il. « Nous travaillons sur un objectif commun, avec un impact plus vaste encore. Le plus difficile, c’est de définir une voie pour un avenir durable parce que cela fait partie du paysage extérieur. Nous devons déployer le projet et créer une offre pour le paysage britannique mais, nous l’espérons, aussi au niveau mondial. Et ce que je trouve particulièrement intéressant, c’est de réfléchir au monde de l’après-COVID 19. Il est très important de voir comment nous sommes capables de faire face aux impacts.

Un programme comme SMR offre un potentiel gigantesque dans tout le Royaume-Uni, notamment dans le nord du pays. » Tom espère avoir pu souligner cela pour les décideurs en présentant son analyse au gouvernement pour les investissements visant à stimuler l’économie suite au COVID-19. « Les opportunités pour l’industrie offertes par SMR sont énormes et pourraient se matérialiser à court terme. Si on nous donne les bons signaux pour établir un parc nucléaire, nous pourrions dès à présent fournir du travail aux usines d’assemblage et sur les sites, et ce pour trois ou quatre ans. La nécessité d’opérer une transition vers le bas carbone ne s’est pas évaporée pendant le COVID-19. En fait, on ne considère les choses maintenant plus que dans une optique bas carbone.

Le parc nucléaire actuel nous a bien servi ces 50-60 dernières années, mais la plupart des installations ont atteint leur fin de vie, ou sont sur le point de l’atteindre. Et pourtant, la plupart des nouvelles constructions dans les quinze dernières années au Royaume-Uni concernent des sources d’énergies renouvelables intermittentes. Nous sommes peut-être actuellement portés sur les épaules de géants, mais nous devons reconstruire dès maintenant si nous devons nous appuyer sur une énergie propre non intermittente dans les cinquante prochaines années et plus. »

Published by Thomas Thor

Thomas Thor Associates is a consulting and recruitment organisation providing services to the global nuclear sector. We represent nuclear industry experts and provide nuclear jobs to our clients for either freelance contract assignments or permanent staff positions.

> LinkedIn

Share this post

[type='submit']
[type='submit']