Aspirer à influencer

Thomas Thor news

September 25, 2020

Si vous êtes sur les réseaux sociaux, vous avez surement remarqué Isabelle Boemeke. Il s’agit de la mannequin qui s’est rendu compte de l’importance de l’énergie nucléaire et qui a décidé de devenir « influenceuse » pour faire passer le mot. Ses initiatives ont fait boule de neige, mais comment a-t-elle procédé et que peuvent retenir les autres communicants de son exemple, se demande Jeremy Gordon.

La dernière vidéo d’Isabelle a vraiment fait effet. Elle commence en parlant de son programme d’exercices matinaux et de ses préférences en matière de petit-déjeuner, avant d’aborder la question de la densité énergétique de l’uranium et du petit volume de déchets en résultant. Pourquoi pas ? Lorsqu’elle est apparue sur mon fil Twitter, sa vidéo avait déjà plusieurs centaines de milliers de vues et avait été partagée par des grands comptes Twitter de dirigeants et de leaders dans le secteur de la tech, des groupes que je savais depuis longtemps favorable au nucléaire, mais dans l’ombre, et que je n’avais jamais réussi à faire intervenir sur la question.

Ça m’a fait réfléchir à ce qui était en train de se produire d’un point de vue communicationnel. Ce qui m’épate le plus, avant tout, c’est qu’Isabelle ne présente aucune nouvelle donnée dans cette vidéo. Tous les faits et chiffres énoncés sont répétés en permanence depuis 65 ans déjà, par tous les moyens possibles. Or, cette fois, ils interpellent. Pourquoi ? Les influenceurs parviennent à libérer et à stimuler dans leur communication un attribut spécial : l’aspiration.

C’est un élément déterminant dans la communication des influenceurs, comme cela l’a été dans l’expansion de l’énergie nucléaire et l’est toujours dans les pays en développement. Isabelle est séduisante et inspire, tandis que le personnage qu’elle s’est créé, Isodope, semble capable d’accomplir de grandes choses, tout comme une source d’énergie peut faire. Et pourtant, vous savez que vous pourriez lui ressembler un peu, si vous essayiez. Après tout, pour créer ses vidéos, son seul outil est son téléphone.

L’aspiration comble une lacune importante dans la communication sur le nucléaire. Évidemment, la plupart des gens ont peu de connaissances sur le nucléaire et n’ont donc pas formé d’opinions ancrées sur le sujet. Quand il se présente, certains se demandent : « suis-je le type de personne à soutenir l’énergie nucléaire ? Est-ce que je veux l’être ? » La démarche des influenceurs permet de répondre à cette question par l’affirmative. Elle permet ainsi d’entrouvrir une porte pour que le grand public adopte une attitude positive, soit curieux et prenne en compte des informations nouvelles.

Cependant, ce contenu et style visuel s’opposent aux courants habituels que l’on rencontre dans le débat sur l’énergie propre ainsi qu’à l’ambiance catastrophique dans les discussions sur les urgences environnementales. Isabelle, elle, nous inspire par une vision d’un avenir cyberpunk, high-tech, propre, instantané et intelligent tandis que les filtres, costumes et lentilles de contact endossés par Isodope la font paraitre surhumaine. Ce dont nous sommes témoins va au-delà de la sphère de la pensée actuelle dans un espace où les choses peuvent être présentées avec une nouvelle fraicheur.

J’ai parlé à Isabelle de ses choix esthétiques. Que voulait-elle communiquer ? Et comment a-t-elle décidé d’évoluer au fur et à mesure ? « Je voulais être au croisement de l’art, de la communication scientifique et de l’activisme », explique-t-elle. « Je voulais créer quelque chose de si étrange et captivant que les gens ne pourraient s’empêcher de le regarder. Ouvrir une porte pour qu’ils le prennent plus au sérieux et qu’ils se documentent sur la question. » Dans chaque vidéo, seuls quelques faits essentiels sont présentés, mais de telle manière que son public captivé les comprend parfaitement.

Isabelle se présente aussi en tant que créatrice de ses propres contenus individuels (comme c’est le cas sur TikTok), à sa manière. Pour défendre le nucléaire, certaines personnes choisiraient de mettre en avant d’autres faits , mais est-ce vraiment important ? Ils n’ont qu’à faire leurs propres vidéos ! Leur attitude négative ne la concerne pas. Elle publie son propre contenu, unique, sans chercher à s’excuser ni à se justifier – n’est-ce pas la définition même de ce qui est “cool” ?

Il serait surement absurde de vouloir répliquer ce qu’elle fait, mais ce serait tout aussi absurde de ne pas prendre le temps de réfléchir aux leçons qu’elle peut nous transmettre sur comment communiquer en 2020. Voici ce que j’en retiens : tout d’abord, il nous faut reconnaitre que la culture des influenceurs n’est pas futile. Elle est bien présente et a ses avantages même sur un sujet comme l’énergie nucléaire. C’est l’une des formes de promotion indépendante les plus efficaces connues jusqu’à présent, mais cela ne peut fonctionner que de manière organique. Les contenus produits par Isabelle devraient aussi nous rappeler que l’énergie nucléaire a toujours provoqué l’inspiration. Son attitude devrait nous mobiliser pour ne pas perdre notre assurance face à des critiques imaginaires. Et, dernièrement, il est clair qu’un individu exprimant sa propre vision et sa créativité a un pouvoir d’influence incroyable, mais laisse-t-on vraiment l’occasion aux individus de briller dans notre secteur ?

With 16 years of communication experience in the international nuclear industry, Jeremy supports clients who want to humanise nuclear energy and improve its public image so that it can play a full role in human development and environmental protection.

Jeremy Gordon
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