Démystifions : un prix élevé est-il rassurant ?

Specialist topics

December 18, 2020

De Mitchell McCombe, membre de Young Generation Network du Nuclear Institute (Royaume-Uni).

La course pour opérer la transition vers des économies bas carbone met en concurrence l’énergie nucléaire, dont le cout est élevé, et les énergies renouvelables, à moindre cout. Et pourtant, est-ce vraiment si simple ? Mitchell McCombe mène l’enquête.

Selon un mythe prévalant, la course pour opérer la transition vers des économies bas carbone met en concurrence l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables. Il ne s’agirait que d’une question de temps avant que ces sources d’énergie « plus propres, moins chères et plus sûres que le nucléaire » nous permettent de faire tourner le monde. Or, si nous souhaitons nous conformer aux objectifs mondiaux pour le climat et sécuriser l’approvisionnement en électricité bas carbone au Royaume-Uni, il nous faut adopter une approche globale afin d’assurer un avenir bas carbone, et œuvrer pour mettre en place une vision où le nucléaire et les énergies renouvelables alimentent tous deux un réseau propre et sûr, à un cout abordable.

Des organisations reconnues mondialement, comme l’Agence internationale de l’énergie (AEI) et l’Agence internationale de l’énergie atomique (IAEA), sont d’accord sur le fait que le nucléaire est essentiel pour que le bouquet énergétique au Royaume-Uni et dans le monde entier soit, à l’avenir, viable et propre. Les études académiques qui ont tenté de schématiser un système d’énergie entièrement renouvelable ont été, pour la plupart, discréditées par une enquête approfondie menée en 2017 : elles se fondent sur des hypothèses techniques irréalistes, et ne prennent que partiellement en compte les couts et la volonté politique [1]. D’autres ont étudié les raisons pour lesquelles le nucléaire est systématiquement exclu des modèles de cout publiés [2]. Elles en ont déduit que les prévisionnistes attribuent expressément au nucléaire un rôle marginal en ignorant les couts à vie, suggérant ainsi que le nucléaire n’est pas une option viable pour ce futur bouquet énergétique bas carbone. De ce fait, il est clair qu’il n’existe aucun modèle crédible démontrant que le futur système énergétique britannique peut s’appuyer uniquement sur les énergies renouvelables, sans assurer un approvisionnement de base fiable. Il est prévu que la demande en électricité augmente avec l’émergence de véhicules électriques et d’autres technologies visant la décarbonisation (le déploiement de systèmes de chauffage électrique notamment). Le nucléaire jouera un rôle de plus en plus important en fournissant une énergie fiable à faibles émissions, ce qui permettra de respecter les obligations du Royaume-Uni de décarboniser à hauteur de 80 % par rapport aux niveaux de 1990, d’ici 2050.

Nous avons pu voir ce que l’élimination du nucléaire du bouquet énergétique entrainait comme conséquence. En Allemagne, la décision politique de mettre fin au programme nucléaire a nécessité un investissement de plusieurs milliards d’euros dans les énergies renouvelables, qui représentent maintenant 30 % du réseau électrique allemand. Cependant, en partie dû au besoin de compléter un système énergétique s’appuyant fortement sur les énergies renouvelables et, ainsi, d’établir une solution de secours fiable utilisant des sources d’énergie alternatives aux combustibles fossiles, les émissions totales de CO2 en Allemagne ont en fait augmenté de quatre millions de tonnes entre 2015 et 2016, passant de 902 millions à 906 millions (équivalent en CO2) [4]. Investir dans de nouvelles capacités nucléaires pour assurer un approvisionnement de secours aurait certainement permis d’éviter cette situation. Seulement, leur prix exorbitant est souvent injustement comparé aux énergies renouvelables, sans tenir compte du cout du système dans sa globalité. Un rapport récent de l’AEI a pourtant déterminé que, en Chine, le cout de l’électricité pour les énergies éolienne, solaire photovoltaïque et éolienne en mer est respectivement 16, 50 et 140 % plus élevé que celui du nucléaire [5]. Prenons un exemple : la production d’1 GWe d’électricité, présenté en 2019 [6].  Les centrales nucléaires produisant de l’électricité 90 % du temps, 1 GWe de puissance installée est donc nécessaire. En se basant sur les chiffres d’Hinkley Point C, le cout par unité installée (comptant principalement le cout d’investissement initial) représenterait 6 400 £/kW, auquel s’ajoute 3 000-4 000 £/kW de cout de financement.  Un système d’approvisionnement de secours n’a pas à être mis en place, et un réacteur nucléaire a une durée de vie de 60 ans. En ce qui concerne les énergies renouvelables, si le vent souffle ou le soleil brille environ la moitié du temps, 2 GWe de puissance installée à un cout réduit de 3 000 £/kW est nécessaire pour fournir 1 GWe d’électricité au réseau, avec un cout de financement moins élevé (disons environ 1 000 £/kW). Une centrale à gaz de secours à 1 200 £/kW est indispensable pour combler toute baisse de production de l’électricité générée par les énergies renouvelables. Ayant une durée de vie de la moitié de celle d’un réacteur nucléaire, ces couts doivent donc être doublés si nous voulons comparer ce qui est comparable.

D’ici à ce qu’Hinkley Point C soit entièrement opérationnel en 2025 (d’après les prévisions), 30 ans d’avancées technologiques dans les technologies et opérations nucléaires se seront écoulés depuis la construction du dernier réacteur nucléaire au Royaume-Uni. Le prix élevé annoncé n’est pas surprenant pour une unité qui sera la première dans son genre au Royaume-Uni. Cependant, adopter une approche de déploiement de flotte ferait baisser ces couts. De même, les technologies des réacteurs à plus petite échelle offrent des possibilités d’économiser sur ces couts grâce à des processus de fabrication accrus en usine et un temps réduit sur site. Le nucléaire serait donc une option viable pour les bouquets énergétiques bas carbone d’avenir, tout autant que les énergies renouvelables.

En tant que peuple, nous devons arrêter de parler du « nucléaire s’opposant aux énergies renouvelables » et plutôt simplement de « solutions bas carbone ».

thomasthor

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