Energie Propre: De l’importance de parler des déchets (nucléaires)

Avis professionnels

May 18, 2021

Le 10 mai 2021

Par Dr Tom Majchrowski, membre agréé de la Royal Society of Chemistry (Royaume-Uni)

Il est reconnu qu’évoluer dans un espace propre nous est bénéfique, qu’il s’agisse d’environnement professionnel, personnel ou naturel. Or, faire en sorte que cet environnement soit propre n’est pas si simple ; c’est une tâche que l’on devrait confier à un spécialiste. Il est rare de planifier quelconque activité (repas, promenade à vélo, projet de rénovation d’une maison, voire construction d’une infrastructure essentielle) en fonction de la problématique des déchets. Et pourtant, ce sont certainement les déchets qui causent des répercussions à long terme.

Est-il temps de changer ?

Les processus anthropiques sont par défaut impurs : ils occasionnent la production de matières résiduelles (sous forme de gaz, liquide ou solide) ni recherchées ni compatibles avec l’environnement naturel. Par chance, ce dernier semble faire preuve d’une capacité intrinsèque à compenser l’activité humaine et maintenir un équilibre. Au vu de nombreuses données, cette capacité est cependant limitée, tout comme celle d’une poubelle. Or, l’environnement ne peut malheureusement pas mobiliser un service bien pratique : le ramassage des ordures ! Par conséquent, un changement pourrait se produire, déterminant un nouveau point d’équilibre et transformant l’environnement que nous connaissons aujourd’hui.

Peut-on être propre à 100 % ?

Ce que l’innovation et la créativité peuvent accomplir est sans limite. Un équilibre doit cependant être trouvé entre entretenir et soutenir la vie humaine tout en se montrant responsable envers l’environnement. Il n’est donc pas surprenant que les efforts visant à réduire l’impact de l’activité humaine sur l’environnement s’accélèrent, avec notamment l’Accord de Paris[i] œuvrant pour limiter les émissions.

La recherche d’une source d’énergie qui atténuerait les dégâts sur l’environnement tout en répondant à une demande toujours plus forte illustre parfaitement la volonté de contrecarrer l’impact de l’activité humaine. Le cadre posé par le Pacte vert pour l’Europe – Une énergie propre de l’Union européenne[ii] œuvre dans ce sens. Il place l’accent sur la décarbonation du système énergétique grâce aux sources d’énergie renouvelable. Toutefois, les engagements phares du pacte ne prennent pas en compte la question des déchets.

Cette stratégie va-t-elle suffisamment loin dans sa définition de l’énergie propre ?

Les émissions de carbone ne sont rien d’autre que des déchets, c’est-à-dire des matières non désirées produites au cours d’un processus qui vise à réaliser un produit recherché (dans ce cas, l’énergie par le biais de l’électricité). Les déchets issus de la production d’électricité ne se limitent pas aux émissions carboniques, mais englobent également tout résidu généré par l’approvisionnement en matériaux qui sont ensuite utilisés pour fabriquer des composants, la mise en place du système, son entretien ainsi que son démantèlement éventuel. Il faudrait ainsi considérer l’intégralité du cycle de vie de la production d’électricité sous l’angle de la réduction des déchets dans le système énergétique. Pour cela, il s’agit d’utiliser une source d’énergie ayant un impact total sur l’environnement moindre par unité d’énergie produite.

Aller encore plus loin consisterait à utiliser une source d’énergie produite par un secteur entièrement sensibilisé à la problématique des déchets qu’il génère ainsi qu’à leurs incidences sur l’environnement.

Examinons le cas de l’énergie nucléaire. L’uranium, utilisé dans le processus de fission, offre une source d’énergie d’une densité extrêmement élevée. Le processus permettant d’utiliser l’uranium comme combustible est nettement plus efficace que celui mis en œuvre pour de nombreuses sources d’énergie renouvelable. La quantité d’émissions de carbone par unité d’énergie qu’il produit est équivalente à celle de l’énergie éolienne, et inférieure à celle de l’énergie solaire[iii]. Contrairement à ces deux technologies, l’uranium est extrait de mines et n’est donc pas renouvelable, mais il peut être réutilisé dans un cycle fermé de traitement du combustible. Certes, les déchets produits par la fission de l’uranium (les déchets radioactifs) présentent un risque dû au rayonnement ionisant.  Cependant, la quantité de déchets produits ne représente qu’une fraction de l’ensemble des déchets industriels.

Prenons l’exemple du Royaume-Uni : on estime que l’inventaire total des déchets radioactifs (comprenant les prévisions jusqu’en 2125) représente 4,9 millions de tonnes, et seulement 0,49 millions de tonnes pour les déchets de haute activité. En comparaison, tous les déchets dangereux produits au Royaume-Uni équivalent à près de 4,3 millions de tonnes par an.[iv]

Parler des déchets est vu en partie comme un sujet tabou, en partie comme une corvée. Or, la question des déchets produits par le secteur nucléaire stimule l’excellence, favorise l’innovation et montre l’exemple d’une approche responsable pour produire de l’électricité. La filière nucléaire a conçu des méthodes efficaces permettant de contenir et d’isoler les déchets radioactifs sous des formes sures et inactives. Des programmes exhaustifs de recherche et développement[v] sont en cours en vue de mettre en place une solution permanente, sure et sécurisée, pour les déchets radioactifs grâce au stockage géologique, la Finlande notamment en tête[vi]. Les approches de gestion intégrée des déchets et leur hiérarchisation représentent des cadres à la fois simples et intelligents, qui ont été adoptés par le secteur nucléaire afin de réduire le volume des matières indésirables créées, et les réutiliser ou recycler si possible. Cette gestion consciente et responsable dépasse la question des déchets radioactifs : elle est souvent ancrée dans les habitudes des professionnels du nucléaire et reproduite dans leur vie personnelle.

Pour avancer vers une réduction des déchets dans l’environnement, il est essentiel de parler ouvertement des déchets et d’agir. Le nucléaire, un secteur sensibilisé à la question environnementale, a rapidement tiré des leçons de son expérience et est en mesure de partager ses bonnes pratiques. Il a donc bien sa place dans un bouquet énergétique propre !

[i] Accord de Paris, Organisation des Nations Unies, décembre 2015, https://www.un.org/fr/climatechange/paris-agreement
[ii] Pacte vert pour l’Europe – Une énergie propre, Commission européenne, décembre 2019, https://ec.europa.eu/info/strategy/priorities-2019-2024/european-green-deal/clean-energy_fr
[iii] Steffen Schlömer (ed.), Couts relatifs à la technologie et paramètres de performance, Annexe III
dans Changements climatiques 2014 : atténuation des changements climatiques. Contribution du groupe de travail III au cinquième Rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (2014)
[iv] Inventaire 2016 des déchets radioactifs au Royaume-Uni, Nuclear Decommissioning Authority, mars 2017
[v] Programme commun européen pour la gestion des déchets radioactifs – CORDIS, Commission européenne, https://cordis.europa.eu/project/id/847593
[vi] POSIVA, https://posiva.fi/en/
thomasthor

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