Meyrem Sari : prête pour toute éventualité!

Avis professionnels

September 6, 2021

« Je me suis retrouvée là simplement parce que j’aimais la science et j’ai toujours été bonne en maths », Meyrem Sari ouvre ainsi modestement une conférence donnée pour le Groupe de l’industrie nucléaire au sein de l’Institut de physique au Royaume-Uni au sujet de son travail pour l’organisation britannique chargée de la gestion des déchets radioactifs (RWM).

Née dans un village reculé d’une région méditerranéenne turque, l’Anatolie, Meyrem est arrivée au Royaume-Uni à l’âge de 14 ans. Après avoir surmonté au départ la barrière de la langue et repassé ses examens du GCSE[i], elle a pu entamer un cursus académique prometteur.

Son professeur de physique, Raj Perera, lui a affirmé que « si tu peux faire de la physique, tu peux tout faire. » Et elle en avait certainement les capacités, obtenant une licence dans la discipline, puis un master en sciences axé sur la radiation et la protection de l’environnement.

Elle s’est par la suite lancée dans le secteur nucléaire où elle fait carrière depuis plus de dix ans, tout d’abord en tant que consultante, participant à la réalisation de divers projets sur le démantèlement, la gestion des déchets radioactifs et la radioprotection. Elle a occupé plusieurs postes sur les sites nucléaires de Winfrith et Harwell en Angleterre, ainsi que Chapelcross et Dounreay en Écosse.

Grâce à cette vaste expérience, Meyrem s’est retrouvée dans son poste actuel : spécialiste de la gestion des déchets à RWM, un organisme chargé d’identifier un site d’accueil adapté pour le futur centre de stockage en formation géologique profonde au Royaume-Uni, ainsi que de le construire et de l’opérer. Le travail de Meyrem consiste à évaluer si les déchets radioactifs de haute activité sont conditionnés et préparés correctement en vue de leur stockage dans ce centre qui devrait pouvoir accueillir en 2040 des déchets conditionnés.

La conception de cette installation doit permettre d’isoler et de confiner les déchets à des centaines de mètres sous terre dans une roche solide pour plusieurs générations. Le conditionnement des déchets joue ainsi un rôle essentiel. Meyrem explique que « pour que les déchets soient acceptés dans le centre, ils doivent satisfaire à plusieurs exigences. Et si nous faisons tout ce travail maintenant, cela veut dire qu’ils n’auront pas à être reconditionnés plus tard. Nous nous assurons donc que les colis sont adaptés et que le risque d’avoir à reconditionner les déchets est minime. »

L’équipe de Meyrem effectue 17 évaluations différentes avant de rédiger un rapport global sur « la conception du conteneur, la nature des déchets, sous quelle forme ils se trouvent, comment ils ont été traités pour être rendus passifs, comment ils réagissent au cours d’un scénario d’accident, comment ils réagissent dans le conteneur, comment ils vont évoluer au fil du temps, etc. » Étant donné que l’installation ne sera probablement pas prête avant 20 ans, les méthodes de stockage actuelles sont également évaluées. « Nous étudions aussi la conformité aux réglementations relatives au transport parce qu’ils devront utiliser le réseau routier public. Nous devons protéger tout autant les gens qui vont manipuler les colis que l’environnement », souligne-t-elle.

Le centre de stockage étant voué à être fermé, l’équipe de Meyrem doit étudier la dégradation des colis de déchets sur une échelle de temps très longue : « comment les radionucléides, les autres substances dangereuses et polluants non dangereux réagissent au cœur des systèmes de barrières artificielles et naturelles. On doit déterminer si un élément dépasse ce critère. »

Meyrem réalise certaines tâches techniques et a également la responsabilité de compiler tous les intrants issus de domaines de travail multidisciplinaires dans le rapport d’évaluation final. Si le colis satisfait aux critères, les producteurs de déchets reçoivent une attestation de conformité. Dans le cas contraire, un dialogue s’instaure pour discuter des améliorations qu’ils devront apporter afin de répondre aux exigences de RWM.

Un élément important à considérer est la conservation de toutes les informations et données pertinentes sur chacun des colis de déchets : quel type de déchets contient-il, comment ces déchets ont été traités, de quoi est fait le conteneur, etc. Ainsi, nos descendants pourront prendre des décisions éclairées afin de gérer à l’avenir le conditionnement des déchets, notamment s’ils devront être reconditionnés ou déplacés pour quelconque raison.

Selon Meyrem, « c’est un travail intéressant. Chaque déchet est différent, les problèmes sont tous différents et de nombreux défis sont à relever. On se sert de la chimie, la géologie, la science des matériaux, l’ingénierie, etc. Je ne suis pas experte dans ces domaines, mais j’en ai maintenant une meilleure compréhension. J’apprends énormément chaque jour, et c’est fantastique de travailler avec des équipes multidisciplinaires. »

 

[i] Diplôme équivalent au BEPC

thomasthor

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