Patricia Schindler: Pour plus de femmes dans l’industrie nucléaire française et internationale

Avis professionnels

July 12, 2021

Le secteur du nucléaire, à l’image d’autres domaines techniques, manque de femmes. Un problème que Patricia Schindler connaît de l’intérieur, forte de 40 ans d’expérience dans la R&D pour le CEA, et de manière globale, de par ses responsabilités au sein de l’organisation internationale WiN (Women in Nuclear). Rencontre

Patricia Schindler a plus de 40 ans d’expérience au sein de différentes unités de Recherche et Développement du CEA, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, organisme public et acteur majeur de la recherche à caractère scientifique, technique et industriel. Elle a su développer des compétences de pointe en thermohydraulique, chimie et radiochimie, en étant la seule femme, ou presque, dans un environnement de travail quasi exclusivement masculin, à l’image de ce qu’elle avait déjà vécu lors de ses études.

Toujours bien accueillie par ses collègues, elle a pourtant constaté au long de sa carrière que les postes à hautes responsabilités revenaient aux hommes, ses rares collègues femmes ayant partagé cette expérience. Loin de n’être que des cas isolés, cette sous-représentation féminine est une quasi constante dans les domaines de la recherche et de l’énergie, au niveau des entreprises et organisations, et, avant cela, au sein des filières techniques des grandes écoles.

Après quelques années, Patricia rejoint l’organisation WiN, « Women in Nuclear », d’abord comme membre, curieuse et intéressée par cette initiative. Comme elle le précise : « je n’avais pas forcément pour volonté de prendre des responsabilités au sein de l’association, mais ai accepté de prendre la Présidence du réseau WiN Provence Alpes Côte d’Azur en 2012 quand on est venu me chercher. ».

Patricia devient rapidement Secrétaire de WiN France, en 2013, puis Vice-Présidente WiN France en 2018. Elle assure le Secrétariat Général de WiN Europe durant 3 ans, puis intègre le steering committee autour de la nouvelle présidente de WiN Global en tant que Secrétaire Générale en 2020. L’occasion d’observer de près la problématique, tant au niveau régional, que national et international. La France n’est pas le seul pays à manquer de femmes dans le nucléaire, mais l’on constate que cette tendance est moins marquée dans d’autres pays, le Canada notamment. La France fait par contre mieux dans le domaine de la médecine nucléaire et de la radiologie, avec une quasi parité de médecins spécialistes, sachant que l’on a par ailleurs une majorité de femmes en école de médecine.

L’éducation est en effet un élément clé pour changer la donne et il faut aller sur le terrain tordre le cou à certains préjugés à la vie dure. Outre ses responsabilités au sein de WiN, Patricia participe à des initiatives visant à promouvoir dans les écoles les filières de formations scientifiques et techniques. Histoire de faire passer le message que ces dernières ne sont pas réservées aux garçons. Cela passe notamment par des présentations de ces filières et métiers par des professionnels hommes et femmes.

Le développement de nouveaux métiers, comme la sécurité nucléaire et le contrôle des installations, dans lesquelles les femmes sont mieux représentées, est une perspective réjouissante. « C’est une bonne nouvelle car il est crucial pour les professionnelles du nucléaire de ne pas se sentir seules et d’avoir une représentation du succès féminin, qui ne soit pas qu’une exception confirmant la règle. C’est d’ailleurs l’un des atouts de WiN, qui permet aux professionnelles du nucléaire de se rencontrer et se créer un réseau. » souligne Patricia. « L’association propose aussi le mentoring des nouvelles entrantes, une autre activité cruciale que j’apprécie particulièrement. J’aime faire bénéficier la relève du nucléaire de ma longue expérience, être un exemple et leur montrer qu’elles peuvent aussi y arriver. Cela, sans donner de leçons, en leur disant que telle ou telle approche ne marche pas, sachant que j’ai autant à apprendre d’elles qu’elles de moi. »

Le mot de la fin ? « La fin ? Ce n’est que le début, nous observons certes des progrès, mais nous sommes encore loin du compte. Je pense que le domaine nucléaire, à tort ou à raison considéré comme peu innovant, aurait de fait tout à gagner de compter plus de femmes dans ses rangs, y-compris dans des postes à hautes responsabilités. Mon expérience internationale montre bien à quel point cela ne relève pas du rêve, mais bien d’un objectif, atteignable grâce à des mesures volontaires et à la hauteur de l’enjeu. »

thomasthor

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